En Belgique, la patience des bouddhistes mise à rude épreuve
L’Union bouddhiste de Belgique est reçue, lundi 21 septembre, par le cabinet de la ministre de la justice, Annelies Verlinden. L’organisation somme le gouvernement de reconnaître officiellement le bouddhisme, ce qui lui permettrait d’accéder à des financements publics.
Le Monde, publié le 20 septembre 2026 Par Alix Le Bourdon (Bruxelles, correspondance)

La patience fait partie des piliers du bouddhisme. Mais celle de ses pratiquants belges semble un peu ébranlée. Début septembre, l’Union bouddhiste de Belgique (UBB) a en effet sommé le gouvernement fédéral de reconnaître officiellement le bouddhisme avant le 30 septembre, faute de quoi elle engagerait des poursuites devant la justice belge et la Cour européenne des droits de l’homme. Les représentants de cette organisation, qui doivent être reçus à ce sujet par le cabinet de la ministre de la justice chargée des cultes, Annelies Verlinden, lundi 21 septembre, espèrent être enfin entendus, après vingt ans de démarches.
En 2024, sous la précédente coalition, ils étaient sur le point d’obtenir gain de cause. Mais une intervention au parlement fédéral du Centre d’action laïque (CAL), qui regrettait que le bouddhisme s’apprête à être reconnu dans la catégorie des « philosophies non confessionnelles », plutôt que dans celle des « religions », avait bloqué le processus.
Dans le Centre d’études tibétaines, à Saint-Gilles, un temple bouddhiste dissimulé derrière la façade d’une maison bruxelloise ordinaire, le moine Jampal Sengé estime que le bouddhisme ne présente pas les caractéristiques classiques d’une religion. « Bouddha n’est pas un dieu, c’est un homme comme un autre », affirme ce Belge de 59 ans qui a profité de sa préretraite pour se consacrer pleinement au bouddhisme, qu’il a découvert jeune adulte, après avoir grandi dans un milieu catholique. « Le bouddhisme est une spiritualité, un art de vivre, une philosophie. Si on veut l’appeler religion, il faut dire que c’est une religion sans dieu. Par ailleurs, il n’y a pas de commandement, il n’y a pas de dogme. »
Prétexte
Aux yeux de l’Union bouddhiste de Belgique, ce débat entre les concepts de religion et de philosophie non confessionnelle ne serait qu’un prétexte. La loi belge reconnaît, d’un côté, les cultes – catholicisme, protestantisme, judaïsme, anglicanisme, islam et orthodoxie l’ont été progressivement à compter de 1831 –, de l’autre, les organisations philosophiques non confessionnelles, une catégorie créée en 1993 à la demande du mouvement laïque, qui en est aujourd’hui l’unique bénéficiaire.
« Si le bouddhisme était reconnu comme philosophie, il rejoindrait la même catégorie que la laïcité organisée, qui a donc peur de perdre le monopole, avance Carlo Luyckx, le président de l’Union Bouddhiste de Belgique. D’ailleurs, dans son plaidoyer en 2024, le secrétaire général du Centre d’action laïque l’avait bien dit : “L’amitié s’arrête là où il faut sauver sa part du camembert”. » Car, en Belgique, c’est l’Etat qui finance directement les représentants des cultes et des philosophies reconnus.
Pour les bouddhistes, une reconnaissance ouvrirait donc la voie à un financement public, de 1,2 million d’euros par an, bien supérieur aux 200 000 euros de subventions qu’ils perçoivent chaque année. Du côté du Centre d’action laïque, on assure que cette question financière n’est pas au cœur de ses réserves. « Nous n’aimerions pas, tout d’un coup, voir notre financement raboté, mais ce n’est certainement pas ça qui motive notre préoccupation », se défend Hervé Parmentier, son secrétaire général adjoint.
Le représentant des associations laïques préfère mettre en avant une décision de la Cour européenne des droits de l’homme de 2022, condamnant la Belgique après une plainte des Témoins de Jéhovah, qui avaient été privés d’un avantage fiscal réservé aux religions reconnues. La Cour avait alors jugé que le système belge de reconnaissance des cultes manquait de critères clairs. « Cela nous paraît, dans ces circonstances-là, un peu particulier d’avancer avec les règles actuelles, alors même que l’obligation est faite à l’Etat, avant cela, d’adopter une législation à caractère général », poursuit Hervé Parmentier.
Annelies Verlinden reprend cet argument : « Il a été décidé de travailler durant cette législature à un cadre légal uniforme et général pour la reconnaissance des cultes et des philosophies non confessionnelles. (…) Ces travaux sont en cours », communique son cabinet, sans toutefois avancer de calendrier précis. Mais l’historienne Caroline Sägesser, spécialiste du financement des cultes en Belgique, juge peu réaliste qu’une réforme ait lieu avant la fin de la législature, en 2029 : « Cela poserait pas mal de questions pour d’autres communautés. Les hindouistes veulent aussi se faire reconnaître ; les chrétiens orientaux, les syriaques, les Arméniens auraient bien voulu être reconnus séparément, aussi. Dès le moment où on met des critères noir sur blanc dans une loi, on risque de créer un appel d’air. Et, au fil des années, les pouvoirs publics ont plutôt voulu éviter que le système ne prenne trop d’ampleur. »





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