De plus en plus source de débats dans l’espace publique et politique, le réchauffement climatique et l’état écologique de la planète sont sans doute les deux plus grands enjeux auxquels l’humanité devra faire face au cours des prochaines décennies. Les bilans provenant du monde scientifique nous informent de niveaux alarmants de surexploitation des ressources naturelles et de pollution de l’environnement. Les changements climatiques qui en résultent mènent à des conséquences de plus en plus lourdes pour le monde du vivant, quelques soient les formes de vie. Ceci se manifeste ces quelques dernières années par le nombre de records climatiques atteints, le nombre de catastrophes naturelles qui se succèdent, la surexploitation, l’effondrement de la biodiversité et bien d’autres situations critiques.

Cette crise n’est pas seulement politique, économique et financière, mais aussi spirituelle. Elle doit en effet amener l’être humain à s’interroger concernant la motivation de ses actes et donc sa vision du monde. C’est pourquoi cette crise est également un enjeu pour l’ensemble des religions et des spiritualités.

L’enseignement du Bouddha et la vision bouddhiste offrent des clés de lecture qui permettent de comprendre les choix fondamentaux de l’être humain ayant une influence sur l’état de la planète.  C’est la raison pour laquelle en 2015, à la veille de la COP21, quinze des plus importants chefs spirituels bouddhistes ont publié un appel historique invitant les dirigeants politiques à conclure un accord efficace face aux changements climatiques.

 

La pratique du bouddhisme donne la possibilité
d’arriver à une meilleure compréhension
de l’interconnexion des tous les éléments de notre planète

 

Selon la vision bouddhiste, chaque élément de l’univers, y compris l’être humain, est soumis à la loi de l’interdépendance[1]. Nous ne sommes donc ni au centre de l’univers, ni « autonomes » par rapport à ses composantes. Dès lors, chacun de nos actes génère inévitablement des conséquences au niveau de notre environnement, que ce soit à travers notre consommation alimentaire, notre rapport à la matérialité ou plus globalement notre mode de relation au monde. Ne pas voir clairement cette interconnexion est source de souffrance. L’enseignement du Bouddha nous apprend à nous méfier du conditionnement dualiste de l’esprit qui nous conduit à nous croire séparés de notre environnement.  La pratique du bouddhisme donne ainsi la possibilité d’arriver à une meilleure compréhension de l’interconnexion des tous les éléments de notre planète.

De cet enseignement découle la nécessité de protéger la nature. La pratique de la vue juste, de la compassion et de l’altruisme nous fournit les outils pour cultiver la motivation profonde à agir de manière responsable, notamment pour protéger notre planète et sa diversité biologique.

 

Le maintien du système de croissance de la consommation,
basé sur une surévaluation de la richesse matérielle
en dépit d’autres éléments du bien-être, est source de souffrance.

 

Les fondements du bouddhisme nous apprennent également, selon l’énoncé du stra de la mise en mouvement de la roue du Dharma, que l’origine de la souffrance provient de la soif des plaisirs en conséquence du désir de vouloir s’approprier des choses. Le maintien du système dominant de croissance de la consommation, basé sur une surévaluation de la richesse matérielle en dépit d’autres éléments du bien-être, est donc source de souffrance.

A l’échelle de l’individu, une telle consommation n’est pas favorable et s’oppose totalement à la voie spirituelle, puisqu’elle n’engendre que des processus illusoires d’attachement et donc d’augmentation de la souffrance. C’est aussi à l’échelle globale que l’enjeu se pose puisqu’à travers la consommation excessive des ressources naturelles, nous détruisons les écosystèmes qui sont la source de vie. La crise écologique évoluera donc en fonction de nos capacités à comprendre qu’il est illusoire de définir notre bonheur en fonction d’une telle consommation. La compréhension de l’impermanence [2] de toute chose peut d’ailleurs faciliter la définition de trajectoires alternatives pour l’humanité assurant un équilibre écologique durable. 

Le bouddhisme, comme toute pratique et vision spirituelle, ne donne pas de réponse intégrale et ne prétend pas répondre directement aux problèmes politiques et institutionnels de la crise. Cependant, partant du constat que la cause de cette crise se situe également à des niveaux plus profonds de l'existence humaine, le bouddhisme, parmi d'autres philosophies et religions, peut fournir une inspiration pour une réconciliation de l'activité humaine avec le respect de toutes les formes de vie.  Les enseignements du Bouddha nous invitent à adopter une vision juste et profonde, et de poursuivre une action éthique pour le bien-être de toutes les formes de vie.

Dès lors, l’Union Bouddhique Belge s'associe aux appels lancés en 2015 à l’occasion de la COP21 par les principales religions concernant le changement climatique en invitant les dirigeants à mettre en œuvre une politique qui permette de limiter le réchauffement à moins de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, de sortir de l’utilisation des énergies fossiles et de la production des gaz à effets de serre, ainsi que de réduire les inégalités sociales face aux conséquences de la crise écologique.

L’Union Bouddhique Belge appelle d’ailleurs chacun à évaluer son propre impact écologique. Une réflexion sur le lien entre le consumérisme et la surexploitation d’humains, d’animaux et de ressources indispensables à notre écosystème peut nourrir la motivation pour poser des actes positives s’inscrivant dans une approche de commerce équitable et d’un mode de vie plus durable.

 

[1]              L’interdépendance ou coproduction conditionnée : l’enchaînement incessant de phénomènes conditionnés ou composés, qui sont à leur tour conditionnant pour la formation de nouveaux phénomènes

[2]              Impermanence : caractère transitoire et périssable de tout phénomène composé